Rugby : Tous contre l’exil
Actualités / Rugby - le 26 mars 2009 à 13h15
Depuis plusieurs mois, les meilleurs joueurs anglais ont pris l’habitude de traverser la Manche pour débarquer sur les pelouses du Top 14. Responsables britanniques et français s’élèvent contre cette nouvelle mode.
Les meilleurs ennemis du rugby mondial sont aujourd’hui d’accord sur un point : stopper le plus rapidement possible cette nouvelle passion des rugbymen anglais pour le championnat tricolore. Car depuis deux ans, ils sont de plus en plus nombreux à traverser la Manche pour évoluer au sein du Top 14. La raison ? L’argent, bien sûr. Une fois n’est pas coutume, l’élite française est bien plus avantageuse que la Premiership. Et la crise (oui, encore elle) n’arrange rien. Selon les calculs de la presse anglaise, les 12 clubs qui composent la Premiership devraient perdre entre 15 et 25 millions d’euros cette saison.
L'annonce en février du départ de trois internationaux des Wasps au Stade Français (Tom Palmer, James Haskell) et à Brive (Riki Flutey), n’a rien arrangé. Les dirigeants ont donc décidé d’agir. La semaine dernière, Francis Baron, le président de la Fédération anglaise de rugby (RFU) a envoyé une lettre à tous les joueurs retenus par Martin Johnson, le sélectionneur du XV de la Rose, pour leur signifier qu'ils pourraient ne pas être sélectionnés s'ils jouent à l'étranger. Si aucune menace d'exclusion n'y est clairement exprimée, il y apparaît qu'une carrière internationale serait remise en cause dans le cas où les contrats signés ne mentionneraient pas de clauses spéciales sur les libérations pour les plages de préparation de la sélection anglaise. Il est également mentionné qu'entre deux joueurs de niveau égal, c'est celui qui joue dans le Premiership qui sera choisi.
Bluff ? Aucune certitude, mais la technique semble fonctionner. James Haskell hésiterait à rejoindre le Stade français. "Comment peut-on dire que mon transfert est dû à l’argent ?", explique-t-il. "Personne ne sait quel est mon contrat, et croyez-moi, les sommes évoquées sont fantaisistes. La vérité est autre: je veux pouvoir apprendre de l’expérience d’autres grands joueurs. Partir au Stade français ne fera pas seulement de moi un meilleur joueur, mais aussi un meilleur joueur pour l’Angleterre".
Ça coince aussi du côté des responsables français. Cette année, le contingent étranger représente déjà 35% des effectifs professionnels. Un chiffre qui devrait augmenter avec les arrivées des Anglais. "Cet afflux de joueurs étrangers, en particulier britanniques, ne nous réjouit pas du tout", insiste Patrick Wolff, le vice-président de la LNR. "On ne peut pas durablement accueillir dans un pays comme le nôtre les meilleurs joueurs du monde sous peine de déséquilibrer le rugby mondial. On n'a pas vocation à être les seuls à jouer au rugby". La Ligue envisage à son tour d'instaurer un mécanisme permettant de bloquer les masses salariales, comme cela se fait justement dans le championnat anglais. Autre solution envisagée: favoriser les joueurs formés dans les clubs français.


