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> 23 juin 2009 à 14h40

Par Thomas HETEAU

Pierre Vincent : "À nous de faire en sorte qu’on parle du basket féminin"

Grâce à sa victoire sur la Russie (57-53), samedi dernier à Riga, l’équipe de France féminine de basket est devenue, à la surprise générale, championne d’Europe. Un exploit pour Pierre Vincent, l’entraîneur national, mais aussi un excellent moyen de sortir de l’ombre.

Soyons honnêtes, on ne l'avait pas vu venir. Alors que les basketteuses françaises brillaient sur les parquets lettons, se qualifiant même dans l’indifférence quasi générale pour la finale de cet Euro 2009, tous les yeux étaient braqués sur le feuilleton estival du mercato footballistique. Mais voilà, samedi dernier, les filles de Pierre Vincent en ont eu marre. Et quoi de plus efficace qu’un titre continental pour se faire entendre ? Les Bleues ont donc eu l’excellente idée de remporter le titre continental en dominant les Russes (57-53), championnes d’Europe en titre. Bingo ! Voilà qu’elles font aujourd’hui la Une de tous les journaux. Pierre Vincent, l’entraîneur national, revient pour nous sur le parcours des Françaises et sur cette médiatisation éphémère.

Lesdessousdusport : Avec un peu de recul, avez-vous réalisé l’exploit accompli par cette équipe de France ?
Pierre Vincent : Pas tout à fait. Je viens juste de rentrer et je n’ai pas eu le temps de me poser pour penser à tout ça. Je veux profiter encore des derniers moments : je lis les journaux, je regarde tout ce qui a été écrit sur nous. Nous avons pu prolonger un peu le bonheur hier car nous étions invités un peu partout : sur les plateaux télé, au CNOSF… Mais demain, tout ça sera oublié.

Comment avez-vous construit ce succès ?

Jusqu’en finale, nous avons gardé le même état d’esprit : être conquérant, aller jusqu’au bout et se battre à chaque instant. Les filles étaient fortes mentalement et physiquement. Mais arrivé en finale, ce n’était plus vraiment le même état d’esprit. Pour nous, le travail était fait. Après, ce n’était que du bonus. Elles étaient comme des lycéennes en pleine ébullition. Et puis à un moment, on s’est dit : "Punaise, on va être championnes d’Europe". On s’est mis à penser, à se mettre un peu la pression. Il y a eu un léger flottement, mais nous avons su repartir.

Vous n’aviez donc pas ce titre en tête en arrivant à Riga ?
C’est une équipe très jeune et nous n’avons eu que deux semaines de préparation, avec pas mal de pépins physiques. C’était difficile d’envisager d’être au meilleur niveau. Nous sommes donc arrivés avec beaucoup de modestie et d’engagement. Mais nous avons été capables de renverser des situations difficiles, contre la Grèce notamment en quart de finale. C’est grâce à cet état d’esprit que nous sommes arrivés en finale.

Quelle joueuse s’est particulièrement démarquée dans cette compétition ?
Je n’ai pas pour habitude de mettre des individualités en avant. C’est un groupe. Bien sûr, nous avons un secteur intérieur dominant, mais ce sont nos valeurs collectives qui ont fait notre force. Pour réussir, il faut une équipe qui travaille ensemble avec des individualités hors norme. C’est ce que nous avons fait.

Un mot sur Cathy Melain qui disputait le dernier match de sa carrière…

On a déjà tout dit sur elle. C’est l’exemple type de la sportive de haut niveau. Elle est arrivée avec un projet collectif. Elle s’est mise au service de l’équipe et a apporté ses compétences pour le collectif. Je suis très content de l’avoir convaincue de revenir. (Cathy Melain avait mis un terme à sa carrière internationale en 2006, ndlr).

Cathy Melain

(Cathy Melain sous les couleurs de Bourges)

Au moment où l’équipe de France masculine vit une période assez difficile, vous prouvez qu’il faut aussi compter sur les filles…
Ce titre européen place le basket féminin sous le feu des projecteurs. Mais pendant un an, je n’ai pas eu un seul coup de fil. Si on existe aujourd’hui, c’est parce qu’on a des résultats. Et ça ne va pas durer. Mais j’espère que cela va inspirer les garçons, notamment sur l’attitude à avoir. Il faut leur rappeler que même s’ils sont très forts individuellement, c’est l’équipe qui compte. Ils ont tout pour devenir champions d’Europe, j’en suis persuadé.

Souffrez-vous de ce manque de reconnaissance ?

Non, on s’en fout. C’est à nous de faire en sorte qu’on parle du basket féminin. Pour ça, il va falloir faire une perf’ aux championnats du monde l’année prochaine et être présents aux Jeux olympiques. C’est notre principal objectif. Le basket féminin, comme beaucoup d’autres disciplines, c’est ça : il est médiatisé le temps d’une compétition. Il faut maintenant savoir rebondir sur ce titre.

Prêt à faire comme les footballeuses de l’équipe de France qui ont posé nues pour faire parler d’elles ?
Si ça les amuse de faire ça, pourquoi pas? Mais moi, je veux montrer autre chose. On n’a pas besoin de se mettre à poil pour faire passer des émotions. Notre match contre la Russie en est la preuve. De l’engagement, de la ténacité et de la joie de vivre… c’est ça qu’on doit montrer.

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