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> 20 janvier 2009 à 15h10

Par Thomas HETEAU

Patrick Mignon : " L’Espagne découvre le racisme"

Dimanche dernier, un groupe de supporteurs madrilènes s’est fait remarquer par des banderoles à caractère raciste. Des actes qui deviennent récurrents de l’autre côté des Pyrénées. Pour le sociologue Patrick Mignon, les "fans" ne font que radicaliser un problème social. Interview.

"Des supporteurs derrière l'un des buts possédaient des drapeaux et des banderoles à symbolique raciste ou extrémiste. Ils ont entonné des chants faisant référence aux chambres à gaz, à des menaces de mort envers les joueurs d'Osasuna, à la grandeur des fascistes. Ils ont eu des gestes de nature fasciste". Voilà ce qu’on pouvait lire dans le rapport d’Alfonso Perez Burull, l'arbitre de la rencontre Real-Osasuna, disputée dimanche dernier (3-1). On attend désormais la sanction de la fédération de football espagnole envers le club madrilène.


Malheureusement, depuis quelques années, le problème s’intensifie. Cet été, des photos d'athlètes espagnols se bridant les yeux, avant leur départ  aux Jeux olympiques, ont déclenché une nouvelle polémique. Mais pour Patrick Mignon, sociologue, chargé de conférence à l’EHESS et chercheur à l’Insep, le problème dépasse la simple dimension sportive.

Lesdessousdusport.fr : Une nouvelle fois, les supporteurs espagnols défraient la chronique…
Patrick Mignon
: Depuis quelque temps, les actes à caractère raciste ou xénophobe se multiplient dans ce pays. On peut apporter deux réponses à cela. Tout d’abord, si on simplifie un peu, l’Espagne est encore un pays "macho". Les supporteurs ont encore cette culture du défi, du "même pas peur"… Les comportements sont peut-être moins polissés que dans les pays du Nord. La plupart du temps, le registre des insultes dans les stades se limite à la sexualité ou à la couleur de la peau.

C’est un comportement qui fait partie de la panoplie du supporteur ?
Il y a aussi une explication plus sociale et historique. L’Espagne, comme l’Italie, a cette particularité d’être passé d’un pays d’émigration à une terre d’immigration. Avec l’arrivée d’une population étrangère, la défense de l’identité espagnole s’est intensifiée. Dans ce contexte, les partis d’extrême droite s’installent facilement.

De quand date ce changement ?

Ces deux dernières décennies, les Espagnols ont vu arriver une immigration des pays du Maghreb, mais aussi un retour des expatriés de l’Amérique Latine. Avec cette nouvelle immigration, on a vu émerger une certaine xénophobie. Les supporteurs ne font que radicaliser ce problème social.

Pensez-vous qu’il y ait davantage de racisme en Espagne qu’en France ou Angleterre ?

Non. Les pays du Nord ont seulement mis des barrières. Le problème est peut-être plus canalisé. En Angleterre ou en France, on intervient pour ne pas dépasser un certain seuil. En fait, les Espagnols découvrent ce problème, ça devient concret. Ils sont en train de vivre ce que les pays du nord ont vécu, il y a 20 ou 25 ans.

La Fédération espagnole a-t-elle conscience de ce problème ?

Je pense qu’il va y avoir des choses de faites pour enrayer le phénomène. L’UEFA, qui contrôle toutes les compétitions européennes, va réagir. Il faut des principes communs entre tous les pays. Est-ce la Fédération ou le gouvernement qui va bouger ? On ne sait pas. Mais c’est certain, les choses vont aller dans le bon sens.
 

Retrouvez le dossier de la rédaction : Le sport espagnol gangrené par le racisme?

Ainsi que l’interview d’Abdeslam Ouaddou, parrain du site non-au-racisme.com.


 
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