tour
> 10 juillet 2009 à 17h46
Les directeurs sportifs réfractaires ont été les premiers à s’opposer à cette tentative de retour en arrière. Pour leur défense, ils invoquent la mise en danger des coureurs et l’impossibilité d’effectuer leur travail dans de bonnes conditions. Par le biais de l’Adispro (association qui regroupe les directeurs sportifs français, italiens, belges, espagnols, danois et australiens), ils ont officiellement refusé d’être considérés “comme de simples conducteurs des voitures d'équipes“ et évoqué leurs craintes par rapport à la disparition de l’approche tactique et stratégique de la course. “Quel est le bénéfice de retourner au temps de la préhistoire ?“ a ainsi écrit Johan Bruyneel sur son Twitter.
Autrement dit, les directeurs sportifs considèrent aujourd’hui que leurs coureurs se sont habitués à entendre leurs consignes, et qu’ils seraient perdus sans leur oreillette et les précieuses indications sur la situation de la course et de leurs équipiers. C'est justement ce dernier point qui divise et fait réagir les adversaires de l'oreillette. Pour eux, le coureur est devenu un numéro de dossard dirigé par son directeur sportif, et n'a plus à utiliser son intelligence tactique, gérer ses efforts ou dépasser ses limites, en prenant des risques de sa propre initiative.
“Les oreillettes remplacent le capitaine de route“
Pour le public, l’oreillette est également responsable des courses fermées et ennuyeuses quand les directeurs sportifs optent pour une arrivée au sprint et font rouler leurs hommes au rythme désiré. Assistés, contraints d’obéir aux consignes et de rester dans le peloton si la stratégie l’impose, les coureurs ne prennent plus de décisions et ne font plus vraiment preuve de panache. Interrogé à ce sujet, Didier Rous, le directeur sportif de l’équipe Bouygues Télécom, explique : “C’est sûr que pour des directeurs sportifs qui aiment contrôler la course et transformer leurs coureurs en automates comme Bruyneel à l’époque de l’US Postal, l’oreillette paraît indispensable. Mais si les coureurs n’ont pas les jambes, tu auras beau leur crier dessus, ça ne changera rien". Même son de cloche chez Rémi Di Gregorio, qui ne participe pas à la Grande Boucle cette année mais livre ses impressions sur son blog : “Je trouve que les oreillettes remplacent un peu le rôle du capitaine de route. Dans chaque équipe, il faut un mec qui motive, gueule sur les coureurs et qui prenne les décisions. Les oreillettes enlèvent en partie les responsabilités du coureur qui est parfois téléguidé“.
Pour ou contre, les avis divergent. Certains ne s’imaginent pas rouler sans, quand d’autres voient en sa suppression le retour de l’enjeu et du spectacle sur les routes du Tour. Les étapes d'Issoudun et de Colmar, les 14 et17 juillet prochain, seront courues sans oreillettes et permettront aux acteurs du peloton comme au public de se faire une idée plus précise sur la question.

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