Le Rallye Aïcha des Gazelles: "25 000 à 30 000 euros pour être bien"
Actualités / Autres Sports - le 14 mars 2009 à 11h00
La 19e édition du Rallye Aïcha des Gazelles, le seul rallye raid 100% féminin, débute aujourd'hui. À quelques heures du départ, Fabienne Chopin (4e participation à l'événement) et Isabelle Alexandre ont accepté de répondre aux questions des dessousdusport.fr.
Fabienne Chopin et Isabelle Alexandre ont pris la route, en direction de Sète hier. Aujourd'hui, elles embarquent, direction le Maroc. La première participe à son quatrième Rallye des Gazelles, catégorie: 4x4. Elle est pilote (et responsable qualité dans la vie de tous les jours). La seconde est sa co-pilote (et rédactrice graphiste). Pourtant, il y a quelques semaines encore, elles ont failli renoncer à l'aventure, faute d'argent et de véhicule. Elles ont répondu à nos questions, hier après-midi, alors qu'elles gagnaient Sète. Pourquoi? Comment? À quel prix? Les Gazelles nous disent tout sur leur aventure.
Lesdessousdusport.fr: Pourquoi partir sur le Rallye Aïcha des Gazelles?
Fabienne Chopin: Je participe au Rallye pour la quatrième fois. La première année, en 2002, c'était un défi personnel. J'avais lu un article sur la course dans un magazine féminin. Je trouvais que les filles qui y participaient étaient culottées. Et je voulais simplement savoir si j'étais capable de faire pareil. La seconde fois, en 2007, la fille d'un collègue m'a motivée. Pour elle, c'était une première et moi, j'avais l'occasion de retrouver des sensations. L'an dernier, je voulais être placée. L'objectif était la 15e place, et j'ai terminé 17e. Et j'ai pris goût à la compétition dans le désert. Donc, en 2009, je veux encore progresser. Progresser un peu plus chaque année et qui sait, un jour peut-être décrocher un podium.
Isabelle Alexandre: Pour moi, les sports mécaniques et le 4X4, c'est avant tout une passion. A 16 ans déjà, j'avais une moto. Voilà 10 ans que je participe à des courses et des rallyes. Le désert, je connais.
Vous êtes rodées alors...
Isabelle Alexandre: C'est vrai que Fabienne a de l'expérience et plein d'astuces pour nous faire gagner du temps. Elle est super organisée. Notre véhicule est équipé de coffres en bois très pratiques. On a rajouté des caisses en plastique. Ca devrait aller. Je lui fais confiance.
Fabienne Chopin: L'expérience aide. En 2002, lors de mon premier Rallye, j'avais mal au ventre, tous les matins. Plus maintenant. J'ai acquis certains réflexes - pour sortir du sable par exemple - que les "premières années" n'ont pas. Il y a moins d'appréhension, aussi. Et tout ça, au final, représente des minutes gagnées, des erreurs évitées, de la fatigue en moins... Une meilleure gestion de l'effort physique et psychologique. Disons que l'avantage est plutôt mental.
Et ça compte beaucoup dans une aventure pareille... Il n'y pas que le physique qui compte.
Fabienne Chopin: Le rallye est de plus en plus dur. Et on a de moins en moins de temps à perdre, même pour manger à midi! L'objectif est de rentrer au bivouac chaque soir, et le plus tôt possible pour se reposer. Il faut gérer carte et boussole. C'est un stress difficile à gérer. Et le rallye qui était longtemps amateur est devenu semi-professionnel. Les filles qui le remportent sont expérimentées. Et une primo-participante part forcément désavantagée. Au début, j'ai été parrainée par Pierre Lartigue (trois fois vainqueur du Paris-Dakar 1994, 1995, 1996, ndlr). Il m'a suivie en 2007 et 2008. Et il est vraiment impressionné par la course et son niveau.
Certaines sous-estiment-elles ces difficultés?
Fabienne Chopin: C'est vrai qu'il y a pas mal de filles qui dépriment sur le rallye. La peur de l'espace vide parfois... Certaines ne pensaient pas que c'était aussi dur, et sont déçues de leur inscription. Elles n'avaient pas compris le concept. Mais, d'un autre côté, il y a aussi beaucoup de solidarité et d'entraide entre les participantes. Surtout sur les premiers jours, où l'on se croise plus souvent.
Une solidarité dont vous avez d'ailleurs bénéficié pour partir, cette année.
Isabelle Alexandre: Oui. On a eu du mal à financer notre participation et à trouver notre véhicule. Christine Houles (vainqueur du Rallye Aïcha des Gazelles en 2008, ndlr) nous a gentiment prêté le sien quand elle a su qu'on galérait. On l'a récupéré le 1er mars. On a vraiment failli laisser tomber. Alors maintenant, ce 4X4, on le chouchoute et on espère qu'il va nous porter chance.
Concrètement, en incluant les 14 000 euros d'inscription (pour 2 femmes, en 4X4), participer au Rallye, ça coûte combien?
Isabelle Alexandre: 25 à 30 000 euros pour être bien. Ca comprend les frais de bateau, d'assurances, d'essence, de location de véhicule. Rien que pour ça, il faut compter entre 6000 et 8000 euros. Ce sont de gros investissements, c'est sûr. Quand il faut, on complète avec notre propre argent. Mais c'est une passion...
Et comment trouvez-vous l'argent alors?
Isabelle Alexandre: On doit récupérer des sponsors, tout simplement. On prend notre téléphone, on appelle. On envoit des dossiers de présentation par mail. On obtient parfois des rendez-vous. Et après, ça aboutit ou pas. Et cette année, c'était plus difficile que d'habitude. On a eu chaud. A cause de la crise économique, évidemment. Les patrons d'entreprise font attention. Ils sont prévoyants car ils s'attendent à pire l'année prochaine. Mais bon, en général, ceux qui nous donnent le plus sont ceux qui se projettent dans notre aventure, qui connaissent le Maroc ou qui aiment le 4X4 et les sports mécaniques.
Avant le départ en somme, le Rallye, c'est déjà du sport!
Isabelle Alexandre: Oui, là on est sur la route du départ et on est déjà crevées. Mais on a réussi à boucler le budget. Catherine nous a prêté son 4X4. Ca nous a mis du baume au coeur. Et on a a vraiment hâte d'y être.

Fabienne Chopin et Isabelle Alexandre, équipage 198. Retrouvez-les sur leur blog: Objectif: Rallye des Gazelles 2009.
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Carole Montillet: "Le Rallye Aïcha des Gazelles est plus dur que le Dakar".


