Le football en streaming: un phénomène grandissant
Actualités / Football - le 18 mai 2009 à 15h30
Depuis plusieurs mois, les internautes sont de plus en plus nombreux à suivre les rencontres de Ligue 1 depuis leur ordinateur. Sans débourser un seul euro. Si la Ligue de football professionnel (LFP) lutte contre ce phénomène, elle relativise à la lecture des bonnes audiences enregistrées par les diffuseurs. Enquête.
Samedi 16 mai 2009, 18 heures. Nicolas O., 26 ans, supporteur du FC Girondins de Bordeaux, piaffe d'impatience. Son équipe de coeur joue un match essentiel pour le titre face au Mans. Comme souvent, le jeune homme, responsable "univers" d'un célèbre magasin de sport, va suivre la rencontre sur internet, en streaming. Et non sur Foot+, seul diffuseur français de la rencontre. " Cela fait plusieurs mois que je vois les matches sur mon ordinateur. Dix minutes avant le coup d'envoi, je vais sur un site qui indique les liens permettant de suivre la rencontre. C'est aussi simple que ça." Des scrupules? "Aucun! Je paye déjà 35 euros par mois mon abonnement à Canal Plus. Si je voulais suivre mon équipe sur Foot+, je devrais débourser le double. C'est tellement cher pour des matches de football qui n'en valent pas toujours la peine..." Le sentiment que partage Nicolas O. n'est pas personnel, loin de là. Sur les forums "football", ce sont plusieurs milliers de personnes qui se retrouvent chaque week-end pour s'échanger les "URL" des rencontres de Ligue 1. Ou des autres championnats.
À l'heure actuelle, il est impossible de savoir combien de personnes suivent le football uniquement grâce à internet. Selon nos calculs, ils seraient, en France, près de deux millions à avoir regardé un match en streaming cette saison. Certes, ce n'est pas énorme au regard des 2 millions d'abonnés qui suivent, en moyenne, le championnat chaque dimanche sur Canal Plus, mais ce phénomène est grandissant. Le principe est séduisant: grâce à une bonne connexion à internet, un fan de foot peut suivre une rencontre. Pour cela, il a deux possibilités. Soit il télécharge un logiciel dit "PpLive"qui permet de capter des chaînes de télévision asiatiques (chinoises, pour la plupart), soit il visionne directement la retransmission par le biais d'un lien qu'il peut trouver à l'aide d'un moteur de recherche. Dans les deux cas, cette pratique est illégale, mais, d'un point de vue juridique, les nuances sont nombreuses.
Un problème complexe pour des enjeux majeurs
En effet, les chaînes asiatiques qui diffusent les matches de Ligue 1 ne sont pas condamnables. "La plupart d'entre elles ont acquises les droits de diffusion de ces matches contre une somme dérisoire (200 000€ pour la L1 la saison, ndrl), précise Maître Da Silva, spécialiste de la question. Même si la diffusion sur internet est illicite, la législation chinoise est totalement différente de la nôtre, ce qui pose problème." En revanche, les responsables des sites qui dirigent l'internaute vers des liens diffusant la rencontre sont condamnables. Ils sont directement complices de piratage. "Ils sont passibles de trois ans d'emprisonnement et de 300 000 euros, selon l'article L.335-4 du Code de la propriété intellectuelle", nous affirme l'avocat. Par le passé, plusieurs sites dits "communautaires", qui mettaient à la disposition des internautes des programmes sans posséder les droits, ont été condamnés par la justice. Grâce à cela, les éditeurs y voient un peu plus clairs. En somme, ils sont responsables à partir du moment où ils ne font pas en sorte d'empêcher la diffusion du match. Si, par exemple, le site indique clairement le lien permettant de suivre la retransmission, il est complice donc responsable. En revanche, si sur l'un des forums du même site, un internaute indique la marche à suivre, le site n'est, alors, pas considéré comme directement responsable. Cette nuance laisse, de ce fait, une certaine liberté aux "pirates" de diffuser l'information. Et celui qui veut regarder la rencontre est, lui, à l'abri.
La solution: un logiciel qui détecte les images
Du côté de la Ligue de football professionnel (LFP), le phénomène du streaming est suivi de très près. Quand Orange dépense 208 millions par an, ou lorsque Canal offre 465 millions à la Ligue, il va de soi que cette dernière a quelques droits à faire valoir. Contactée, la LFP a déclaré vouloir "pour l'instant, ne plus trop communiquer sur la question." La Ligue reste attentive à ce problème puisqu'une personne travaille quasiment à plein-temps sur cela et développe, d'ailleurs, un logiciel qui permet de détecter ceux qui mettent les images en ligne. Ce dernier repère, automatiquement, l'ADN de chaque image. Grâce à ces informations regroupées dans une base centrale, le logiciel les compare à un flux d'images et détecte le piratage. La Ligue peut, alors, engager une procédure afin d'interdire le site en question.
Concernant les chaînes chinoises diffusant, sur internet, les matches, la LFP ne peut pas intervenir directement. Seul un travail de lobbying politique peut se montrer, à long terme, efficace. Au delà de ce problème, l'autre aspect qui peut, directement, dissuader un fan de football de regarder une rencontre de football en streaming est la qualité (très) moyenne de retransmission. L'image est de piètre qualité et les commentaires, en langue étrangère, sont incompréhensibles. En effet, le débit des connexions à internet n'est pas assez élevé pour obtenir une image parfaite. Cependant, dans les mois à venir, il devrait s'améliorer et, donc, permettre à l'image d'être plus nette. "Moi, cela ne me dérange pas de voir les matches de Bordeaux dans des conditions moyennes, assure, de son côté, Nicolas O. Au pire, je mets la radio pour entendre les commentaires." Dimanche soir, à l'occasion de la rencontre Marseille-Lyon, le diffuseur principal de la L1, Canal+, a établi un nouveau record d'audience cette saison (2,65 millions de téléspectateurs). Sur internet, ils étaient quelques milliers à suivre ce choc de la 36e journée. Mais ces deux mondes antinomiques pourront-ils cohabiter éternellement?


