Relais France
> 10 décembre 2008 à 18h19
Vingt-huit records de France, 3 records d'Europe et 3 records du monde. Tout cela en trois jours de compétition. Voilà pour le bilan comptable des derniers championnats de France qui se sont déroulés ce week-end à Angers. Une édition qui restera dans les annales de la natation française. Pourtant, depuis quelques années, les nageurs tricolores nous ont habitués à de telles performances. Pour comprendre cette (r)évolution que vit actuellement la discipline, il faut remonter en 1996, lors des Jeux olympiques d’Atlanta.
Des minima relevés
Car ce petit séjour sur le sol américain a en fait été un véritable détonateur pour les responsables fédéraux. Partie avec 24 nageurs, la délégation tricolore rentre bredouille : 3 finales mais aucune médaille. C’est la claque. Claude Fauquet, alors directeur des équipes de France, décide de faire le grand ménage. Terminées les sélections aux minima généreux, place à l'exigence et à la performance. Le responsable impose des quotas très élevés, à l’image ce qui se fait aux États-Unis et en Australie. En 1998, seulement 9 nageurs sont sélectionnés pour les Mondiaux de Perth. Ce qui n’empêche pas les Français de rapporter quatre médailles, dont l'or pour Roxana Maracineanu sur 200 m dos, première championne du monde française de l'histoire.
Devenu DTN, Claude Fauquet continue sur sa lancée. Cinq compétiteurs partent pour les championnats de monde de Fukuoka en 2001. Une compétition à laquelle Roxana Maracineanu, vice-championne olympique en 2000, doit renoncer pour quelques dixièmes de secondes… Aucun passe droit, c’est aussi ça la nouvelle politique fédérale.
Les résultats qui suivent vont finir de convaincre les plus sceptiques à ce changement de mentalité. Aux Jeux d’Athènes 2004, la France récolte 6 médailles et se trouve une nouvelle étoile avec Laure Manaudou, première nageuse à remporter un titre olympique depuis 1952.
Aux Mondiaux de Montréal en 2005, la délégation tricolore rapporte quatre breloques dont deux titres. Deux ans plus tard, à Melbourne, six nageurs montent sur le podium, dont deux sur la première marche.
Consécration à Pékin, cet été, avec 6 médailles dont le titre d’Alain Bernard sur 100 mètres, l’épreuve reine.
Bien sûr l’effet Manaudou n’y est pas pour rien dans cette histoire. Mais aujourd’hui, l’ancienne protégée de Philippe Lucas n’est plus la seule Française à se faire remarquer. La natation féminine s'est trouvé une nouvelle héroïne avec Coralie Balmy. Avec son record du monde sur 200 mètres nage libre aux "France" ce week-end, la Toulousaine a frappé fort. À l’image d’une France décomplexée, Balmy s’affirme. "La semaine prochaine il y a les Europe. Je vise le titre, le record ça vient en plus. Ça me met seulement en confiance pour la semaine prochaine".

"Il a trouvé les bonnes vitamines"
Alors c’est sûr, une telle mutation laisse perplexe. Au mois de mars, lors des championnats d’Europe à Eindhoven, les deux records du monde du 100 m établis par Alain Bernard à 24 heures d'intervalle, ont éveillé des soupçons de dopage. "Il a trouvé les bonnes vitamines", a même déclaré l'Italien Filippo Magnini, 3e sur la distance.
Pour le docteur Jean-Pierre de Mondenard, spécialiste du dopage, le doute est légitime. "L’expérience nous a prouvé que lorsqu’une nation domine, 99 fois sur 100, il y a du dopage derrière, explique-t-il. Le dopage et la natation est un mariage de longue date. Et comme le sport de haut niveau, c’est un peu l’école de la triche, il y a des suspicions derrière toute performance. Pour le cas de la natation, il ne faut pas oublier les autres facteurs, comme les combinaisons. Mais ça n’explique pas tout. C’est légitime de se poser la question". Le spécialiste retient notamment un événement en particulier: les Mondiaux 2005. "Lors de cette compétition, la FINA s’est réjouie des 437 contrôles antidopage négatifs. Selon moi, c’est le genre d’argument hypocrite qui devrait entraîner la démission des dirigeants. C’est de n’avoir rien trouvé qui est nul. Comment imaginer qu’aucun nageur ne soit dopé dans un championnat du monde. Il faut arrêter de nous prendre pour des cons. Bien sûr, on ne peut pas affirmer que la natation française est dopée, on peut seulement avoir des doutes dans l’équation record du monde/dopage…"
Pour rappel, le Comité international olympique (CIO) a annoncé cette semaine qu'environ 500 échantillons prélevés pendant les Jeux olympiques de Pékin seraient à nouveau analysés à partir de janvier. Avec, en ligne de mire, les cyclistes, rameurs, athlètes…et nageurs.

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