Domenech, l'anarchiste
Actualités / Football - le 24 novembre 2009 à 15h17
L'Express publie un entretien historique avec le sélectionneur des Bleus. Et pour une fois, ces paroles permettent de comprendre mieux le personnage.
D'ordinaire, Raymond Domenech s'amuse avec les médias. Il répond à côté, il provoque, mais rarement ces mots apportent des réponses aux questions posées. Il le reconnait lui-même dans une interview accordée à l'hebdomadaire L'Express: "Je suis dans un rôle: celui de sélectionneur. Je pratique une forme d'agressivité, je le reconnais. Je peux agacer, ça aussi, je le conçois. Il m'arrive de m'agacer moi-même! Avant une conférence de presse, je devine déjà les questions. Alors oui, je fais un peu d'humour, de la provoc, je joue parfois les cyniques, j'utilise ma palette de comédien pour ne pas exposer mes joueurs."
Domenech n'est pas vacciné contre les critiques
Cette fois, Domenech ne rigole pas et ne cherche plus à défendre ses joueurs mais à se défendre lui-même. Avec Thierry Henry, Domenech a été la cible d'attaques plus virulentes que d'habitude suite à la qualification alambiquée des Bleus à la Coupe du monde 2010, mercredi dernier. Même s'il s'en défend, on devine qu'il est touché. Il lui faut répondre. Première personne remise à sa place par l'ancien défenseur, Roselyne Bachelot. La ministre de la Santé et des Sports avait demander à "Ray" de se "mobiliser". L'entraîneur rétorque: "Mme Bachelot me demande de me "mobiliser". Moi, je ne m'occupe pas de gérer un ministère, je ne m'occupe pas de la santé. Si c'est tout ce qui inquiète Mme Bachelot en France, qu'elle se rassure: je suis mobilisé." Suite à la polémique suscitée par la main de Thierry Henry, Raymond Domenech doit répondre à des questions qui dépassent la dimension purement tactique et sportive. Et le sélectionneur le fait plutôt bien. Il ose également dire ses quatre vérités à Éric Cantona. Ce dernier a expliqué que Domenech était l'entraîneur le plus nul depuis Louis XVI. "Il est entraîneur de beach-soccer et n'a pas réussi à qualifier son équipe pour la Coupe du monde. Qu'il fasse preuve de décence!", répond l'intéressé.
Si les Bleus n'étaient pas très offensifs sur le pré, Domenech joue l'attaque. Lors du long entretien, il s'explique sur la prime dont le montant communiqué par France Football est faux à l'entendre. Il vient aussi au secours de son "Titi" et répond aux démagos de tout bord qui voulaient faire rejouer le match: "Cette forme d'idéalisme me fait sourire. Pour atteindre un objectift exceptionnel, on n'agit pas toujours de manière exceptionnelle."
"Le pouvoir ne doit pas être conquis, il doit être détruit."(Michel Bakounine)
Domenech se livre, il explique qu'il est avant tout un homme de combat, qui aime l'âpreté. Il prend la pose à côté d'un cadre où il a encadré un sujet sur lui titré "Dark Domenech". Et si Raymond avait envie qu'on le trouve méchant; "Jamais je n'ai démissionné, jamais je ne démissionnerai. Plus la pression est forte, plus je suis motivé. L'adversité est mon élément. Quand règne le calme plat, je m'ennuie, je m'inquiète, même." Domenech assoit son pouvoir auprès de ses joueurs, en détruisant, en créant des conflits, en allumant des feux.
À l'entendre, le sélectionneur a peut-être même aimé la manière dont les Bleus se sont qualifiés, à l'arrachée, dans la douleur. Domenech ne veut pas parler d'erreur, mais avoue aimer les étincelles, les tensions, l'énergie au sein d'un groupe. Il est un adepte de la révolte permanente, de l'anarchie. Quand le journaliste lui parle de son absence de directives envers les joueurs, il répond en tendant le poing comme un révolutionnaire " Si l'on me dit que c'est un retour à la 'République des joueurs', je le revendique." On comprend mieux pourquoi il ne s'offusque pas d'avoir obtenu une qualification grâce à une tricherie de son capitaine. Car comme le disait Proudhon: "La propriété, c'est le vol".
Le problème, c'est que sur le terrain, Domenech aussi a instauré la révolte permanente, le chaos. Il a laissé les joueurs décider. Pas sûr que cela lui permette de soulever une Coupe du monde. Les anarchistes ont toujours fini par être écrasés, non?
Lire l'interview en intégralité sur le site de L'Express.


