Devenir mère quand on est sportive de haut niveau


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Devenir mère quand on est sportive de haut niveau

Actualités / Autres Sports - le 08 mars 2009 à 17h15

Par Thomas HETEAU

Muriel hurtis

Si la grossesse est un moment unique dans la vie d’une femme, elle peut aussi compromettre une carrière de sportive. Comment revenir à son meilleur niveau ? Quels sont les risques ? Eléments de réponses avec Muriel Hurtis et le Docteur Carole Maître, gynécologue au département médical de l’Insep.

Lorsqu’elle débarque dans les allées du village olympique d’Athènes, en ce mois d’août 2004, Muriel Hurtis ne s’attend sûrement pas devoir gérer une telle situation. Et pourtant, les symptômes ne trompent pas, "Mumu" est bien enceinte. "Du coup, j'ai été malade, fatiguée", se souvient-elle. "Je suis passée à côté du 200 mètres, mais j'ai eu la médaille de bronze avec le relais 4x100 mètres". Ce n’est que trois mois plus tard que la sprinteuse annonce la bonne nouvelle à son entourage, précisant au passage qu’elle sera de retour sur les pistes en avril. Objectif ? Se qualifier pour les championnats du monde d’Helsinki. À 25 ans, la jeune femme ne veut pas tirer un trait sur la compétition.

"Même si je n’étais pas forcément prête, je l’ai tout de suite accepté", explique-t-elle. "Cela tombait aussi à un moment où j’avais besoin de couper, de prendre du recul par rapport à l’athlétisme. Mais dès le début, je voulais revenir". Et c’est ce qu’elle a fait. Non sans peine. Car après s’être investie pendant des années dans un entraînement exigeant, Muriel décide de profiter pleinement de sa grossesse. "Une véritable coupure", comme elle aime à la répéter. Résultat : plus 30 kg sur la balance. "C’est énorme", reconnaît-elle. "Ça été très dur de revenir, aussi bien psychologiquement que physiquement. Il fallait tout reprendre à zéro. J’ai dû réapprendre à courir et retrouver les sensations sur la piste. Cela m’a pris 1 an et demi".

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Un parcours du combattant, mais aucun regret. La sprinteuse reste seulement lucide sur cette période de sa vie. "Ce n’est pas un choix facile, je suis passée par des moments assez durs", avoue-t-elle. "Derrière, c’est beaucoup de travail. On sait aujourd’hui que mettre sa carrière entre parenthèses pour devenir mère, c’est tout à fait possible. Même si c’est rare, on le voit de plus en plus. Mais si j’avais un conseil à donner, ce serait de ne pas attendre la fin de sa carrière. Si j’avais eu mon fils à 30 ans, je ne sais pas si je serais revenue. Après, c’est un choix personnel".

"Faire attention aux idées reçues"
Pour le docteur Carole Maître, gynécologue au département médical de l’Insep, la grossesse ne compromet en rien une carrière. Bien au contraire. "La reprise de la pratique sportive est d’ailleurs favorisée par le contexte hormonal de la grossesse", détaille-t-elle. "L’athlète a une meilleure adaptation cardio-vasculaire et une excellente fréquence cardiaque qui a été maintenue par la grossesse. Et cela dure un an après l’accouchement. Ça compense les effets négatifs, comme la prise de poids par exemple". Un contexte favorable qui permet aux sportives de reprendre l’entraînement 4 à 5 semaines après l’accouchement et de retrouver leur meilleur niveau six mois après la naissance. Parfois même plus tôt. La spécialiste veut ainsi tordre le cou aux idées reçues.

"Les études ont démontré qu’il n’y avait pas plus de problèmes pour une athlète de haut niveau", insiste-elle. "Les gens pensent, à tort, qu’il y a davantage de césariennes ou que le bébé a moins de place dans le ventre de la mère à cause de la ceinture abdominale. C’est faux. On a même remarqué que le travail était souvent plus court". Finalement, pour la spécialiste, le problème est ailleurs : "Plus que l’aspect physique, c’est le côté psychologique qui va entrer en compte", explique-t-elle. "Je me souviens d’une patiente qui, dès le début de sa grossesse, comptait revenir à la compétition. Physiquement, pas de problème, mais c’est le manque de motivation qui lui a fait renoncer. Entre les stages, les entraînements et les compétitions, la maman est souvent éloignée de son enfant. Il faut savoir gérer cela". Le docteur Maître pointe ainsi du doigt l’aspect organisationnel : une carrière de haut niveau est-elle compatible avec une vie de famille ?  C’est pour cette raison que l’Insep a mis en place une crèche qui accueille les enfants à partir de 18 mois. De son côté, le Comité régional olympique et sportif de Bretagne (CROS) finance les gardes d’enfants des basketteuses de haut niveau. Une expérience qui fera peut-être des émules…
 

 

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