Equipe de France
> 29 octobre 2008 à 15h15
« Depuis la Serbie, Yoann enchaîne, enchaîne et enchaîne et à un certain moment, il faudra bien le faire souffler car c'est à ce moment-là qu'il sera le plus en danger, surtout physiquement. » Il y a quelques jours, Laurent Blanc, l'entraîneur de Bordeaux, s’inquiétait de l'accumulation de matches, et du risque de blessure, pour son jeune meneur international Yoann Gourcuff. Et l’entraîneur girondin n’a pas fini de se faire du mouron. Entre le championnat, la Ligue des Champions, l’UEFA et le match amical de l’équipe de France, les trois mois qui suivent vont mettre à rude épreuve les organismes. L’occasion de demander à Eric Bedouet, préparateur physique de Bordeaux et Georges Gacon, du FC Nantes, ce qu’ils en pensent.
Lesdessousdusport.fr: Comment un préparateur physique gère-t-il ces périodes intenses ?
Eric Bedouet : C’est un travail que l’on effectue bien en amont. Il y a un mois de pure préparation physique l’été, avant de reprendre la compétition. Ensuite, on fait des tests tous les mois pour savoir où nous en sommes. En ce moment, le moindre bobo, la moindre faute alimentaire peut prendre des proportions démesurées. Il faut éviter le moindre pépin. C’est très compliqué à gérer.
George Gacon : On s’adapte. Lorsque que l’on joue en Coupe d’Europe, en championnat et en Coupe de France, on enchaîne 7 matches en 21 jours. Il faut mettre en place un travail spécifique. Les entraînements se transforment en séances de décrassage, d’entretien et je diminue les séries. Ce sont des périodes de « jachère » en matière de préparation physique. Mais ce n’est pas le cas de Nantes cette saison. Je peux donc mettre en place des semaines types, avec un gros travail physique.
Mais tous les joueurs ne sont pas dans cette situation ?
E.B : C’est pour cette raison que nous mettons en place un travail individuel. Nous devons être à l’écoute de chacun. Concrètement pendant ces périodes intensives, le travail de récupération est différent, avec des soins particuliers…Si un joueur fait le moindre écart, il faut que je le sache pour adapter l’entraînement. Je dois discuter avec chacun, calculer, essayer de percevoir leur ressenti… C’est tout un art.
G.C : Il faut continuer à faire travailler les joueurs les moins sollicités lors des matches. Il faut les maintenir à niveau pour ne pas tomber dans le « désentraînement ». Nous devons être sur tous les fronts, c’est très compliqué. Mais c’est une question de logique et d’équilibre.

La question du calendrier surchargé fait souvent débat. Est-ce un réel problème ?
E.B : On ne parle même plus de « surcharge », c’est du n’importe quoi ! On aime jouer mais il ne faut pas exagérer. Jusqu’à décembre, c’est affolant. On nous a rajouté un match avec l’équipe de France au mois de novembre, on se fout de nous. Ça remet en cause l’intégrité physique des joueurs. Après, on s’étonne qu’il y ait des dérives.
G.C : C’est une réalité, et on doit faire avec. C’est sûr, j’aimerais une trêve hivernale beaucoup plus longue, mais comment caser toutes les rencontres après?
Quelle est la solution alors ?
E.B : Il faudrait davantage de logique pour harmoniser le championnat. Nous avons des souhaits au sein du staff, mais on ne peut rien faire. C’est la FIFA qui fixe les dates. Cela fait 10 ans que je suis à Bordeaux, et 10 ans qu’on en parle. On tourne en rond. Rien ne change. Dans l’idéal pour moi, en tant que préparateur physique, il faudrait 15 jours de vacances en hiver. Le foot, c’est un sport d’été. Mais il n’y a pas de solution miracle. C’est l’expérience qui fait la différence.
G.C : La seule solution est d’avoir le budget pour deux équipes et de faire tourner les joueurs. Mais c’est avant tout une question d’adaptation.
L’enchaînement des matches multiplie pourtant les risques de blessure…
E.B : Nous avons joué 11 matches depuis le début de la saison, sans compter les rencontres avec l’équipe de France. Ça commence à tirer. Vous allez voir, il va y avoir de la casse en novembre !
G.C : Pour moi, il n’y a pas de lien direct. S’il y a blessure, c’est davantage dû à un choc violent qu’à l’usure ou la fatigue. Ce sont des professionnels. Ils sont très bien préparés et tout est mis en place pour leur permettre une récupération optimale. En fait, il y a très peu de blessures liées au rythme du calendrier.

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