Affaire Mensah : "Nous voulons des preuves"
Actualités / Football - le 21 février 2009 à 16h56
Il y a une semaine, le défenseur lyonnais John Mensah était victime d'insultes racistes de la part d'un supporteur du Havre. Après avoir reconnu les faits, le jeune Havrais est revenu sur ses aveux. Aujourd’hui, Romain Lefebvre, président des Barbarians, fait le point sur cette affaire. Interview.
Le 16 février 2008, Abdeslam Ouaddou, alors joueur de Valenciennes, était la cible d’insultes racistes de la part d’un spectateur messin. Un an après, presque jour pour jour, le scénario se répète avec cette fois John Mensah dans le rôle principal. Dimanche dernier lors du match qui opposait Lyon au Havre (3-0), le défenseur ghanéen de l’OL a subi des insultes à caractère racistes de la part d'un supporteur havrais, membre du groupe des Barbarians. Agé de 21 ans, l’auteur présumé des faits a été arrêté durant la rencontre, mis en examen "pour injures raciales publiques" et remis en liberté sous contrôle judiciaire. Mais après avoir reconnu les faits, le supporteur est revenu sur ses aveux. Et comme si tout cela ne suffisait pas, une nouvelle plainte, pour diffamation cette fois, a été déposée mercredi par le groupe de supporteurs contre l'animateur radio Eugène Saccomano. En exclusivité pour lesdessousdusport.fr, Romain Lefebvre, président des Barbarians, fait le point sur la situation.
Lesdessousdusport.fr : Avant de revenir sur cette "affaire Mensah", pouvez-vous nous parler de cette plainte contre Eugène Saccomano…
Romain Lefebvre : Dans son émission On refait le match, diffusée lundi soir sur RTL, Eugène Saccamano nous a qualifié de groupe "rouge et noir", ce qui est bien loin de nos couleurs, et de groupe "facho". Il nous a également traité de "connards". On ne peut pas laisser passer ça. Nous avons décidé de porter plainte pour diffamation. Nous avons vraiment été choqués par ces propos. Il y a des personnes quoi se sont fait insulter de "fachos" alors qu’ils emmenaient leurs enfants à l’école. C’est la première fois qu’on parle du groupe de cette façon. Les médias ne nous connaissaient même pas avant toute cette histoire.
Justement, quant est-il aujourd’hui du déroulement de cette affaire ?
Aucune sanction n’a été prise pour le moment par le groupe. Je vous rappelle que le supporteur est encore présumé innocent. De notre côté, nous enquêtons pour justement prouver son innocence.
Mais il a pourtant reconnu les faits ?
Avant de revenir sur ses aveux devant le procureur. Il a reconnu les insultes, mais pas à caractère raciste. Il n’a que 21 ans et c’était la première fois qu’il se retrouvait confronté à la police. Ça lui est tombé dessus, il a paniqué.
Pour vous, ce jeune supporteur est donc innocent ?
Jusqu’à preuve du contraire, oui. Toutes les personnes qui étaient présentes dans le parcage havrais affirment ne rien avoir entendu. Une personne de couleur, membre de notre groupe, était juste à côté de lui et il n’a rien entendu. C’est un témoignage important pour nous. Si le joueur avait vraiment entendu quelque chose, les personnes qui étaient autour du supporteur auraient également entendu. Ce n’est pas le cas. Personne ne corrobore les faits.
John Mensah semblait pourtant très affecté par cet incident…
Il a dit qu’il n’avait pas tout vu ni tout entendu mais qu’il avait cela ressenti au plus profond de son cœur. Bizarre, je ne comprends pas tout.
Comment le groupe vit tout ça ?
Nous sommes apolitiques, c’est donc très difficile à gérer pour nous. D’autant plus que cette histoire touche tous les supporteurs du Havre. Avant cela, nous n’avons jamais eu besoin de lutter contre le racisme, il n'y a jamais eu de problème. C’est étonnant tout ce que l'on nous reproche. Mais nous sommes décidés à nous battre. Bien sur, si le supporteur est reconnu coupable, notre association prendra des sanctions.
C’est-à-dire ?
Il sera exclu. Nous ne tolérons pas ce genre de comportement. Mais avant tout, on veut des preuves. On attend l’instruction pour tourner la page.
Pourquoi, selon vous, y a-t-il un tel emballement médiatique autour de cette affaire ?
Parce qu’il s’agit de racisme, parce que c’est grave. Et parce que c’est l’OL et Jean-Michel Aulas. Le président lyonnais a d’ailleurs tenus des propos très fermes après tout ça. Mais on trouve qu’il y a un manque de discernement de la part de la presse. Nous réclamons tous les éléments de l’enquête pour qu’on puisse ensuite se positionner en tant qu’association.


