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foot de rue foot de rue

> 05 mai 2009 à 17h47

Par Antoine GINEKIS

A New-York le foot a un but

A New-York, dans un quartier chic, une équipe de football pas comme les autres joue dans le championnat des entreprises. Cette formation particulière est composée exclusivement de sans-abris. Ou comment le football peut redonner du sens à la vie.

Le quartier huppé de Chelsea Piers, à New-York, est l'endroit réservé aux jeunes espoirs du soccer américain. Mais depuis peu, une autre équipe vient également s'y entraîner. Il s'agit de la Street Soccer USA, une formation composée de sans-abris vivant dans le refuge de Wards Island. Une idée née en 2005, à Charlotte, sous le contrôle de l'association Help USA, consacrée aux sans-logis. Mais derrière ce beau projet - la réinsertion par le sport - il y a surtout un homme : Lawrence Cann.

Agé de 31 ans, cet ancien joueur avait un projet. Prendre des hommes de la rue, désorientés et marginaux, pour créer une véritable équipe où chacun ferait l'effort pour l'autre. Avec quelques volontaires, Cann s'est d'abord attelé à remettre en état un vieux gymnase qui servait de dépôt au refuge de Wards Island. Ensuite, il a recruté une trentaine de joueurs plutôt réticents, leur promettant qu'ils ne risquaient pas d'être punis s'ils manquaient le couvre-feu du refuge, fixé à 22 heures. Ainsi, ce sont des hommes originaires d'Haïti, du Togo, d'Honduras ou encore d'Harlem qui se sont retrouvés sur la pelouse.

Les débuts furent un peu chaotiques, les joueurs arrivant aux séances en ayant bu ou fumé quelques substances illicites. Surtout, personne ne se connaissait. Pédagogue, Lawrence Cann a pris son temps et adapté sa méthode. Interdisant directement aux joueurs d'arriver autrement que sobres, il mit rapidement en place des exercices visant à créer une vraie cohésion comme devoir appeler son coéquipier par son prénom avant de lui faire une passe. Une vraie réussite puisque des trente néo-footballeurs, seulement six ne revinrent pas au second entraînement. "Quand je suis ici, je sens comme s'il ne pouvait rien m'arriver de mal, explique Dexter Burnett, membre de l'équipe. Ça me permet de ne pas trop penser à ma situation, de me relaxer et juste de profiter du moment."
Une très bonne chose donc, permise par certains sponsors venus aider Lawrence Cann dans son initiative. Chelsea Piers est un quartier chic de New-York où jouer au foot coûte cher. Ainsi, c'est Nike qui fournit l'équipement et les maillots de match ont été offert par la mairie. Si tout le monde fait des efforts, c'est que le projet porte incontestablement ses fruits. Depuis la création de l'équipe, un joueur a quitté le refuge pour rejoindre sa famille, un autre, perdu après deux années dans la rue, n'a pas manqué un seul entraînement.

L'exemple de Chris Logdson est encore plus parlant. Alors qu'il s'apprête à quitter le refuge car il a retrouvé un travail dans un café, Logdson n'a cependant pas du tout l'intention de quitter ses coéquipiers. Il arrive pour les matches directement après son boulot et avoue l'impact de la Street Soccer USA sur son destin personnel : "Je ne veux pas dire que c'est un retour à la normale mais à nouveau, je me sens moi-même." Lawrence Canne ne souhaite d'ailleurs rien d'autre pour ses joueurs : " Si ces gars se sentent bien, parlent à de nouvelles personnes, et ne sont plus frustrés, alors ça va vraiment les aider à s'intégrer. Après éventuellement, ils pourront garder un travail et leur appartement", analyse l'homme à la base de ce beau projet.

Pour couronner le tout, même les résultats sportifs commencent à poindre. Après deux défaites, les sans-abris jouaient la semaine dernière contre les Gunners, une équipe formée par des employés de la Royal Bank of Canada. En rouge, la Street Soccer USA fait plaisir à voir. Un jeu de passes fluide, des joueurs qui s'appellent par leurs prénoms et une vraie envie de jouer ensemble et de s'encourager. Au final, la victoire est sans appel : 10-4, laissant les banquiers admiratifs.
Au royaume du sport business et de la performance, l'équipe des Wards Island donne une toute autre image du sport, celle des valeurs collectives qui font toujours les histoires les plus belles. 

 


 
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